Devenu le principal opposant du président Rajapakasa, Sarath Fonseka a appelé, le 9 juillet, à “un printemps arabe” au Sri Lanka. La presse souligne les contradictions du personnage, qui se compare à Gandhi mais a été l’artisan de la répression sanglante contre les Tamouls.
“Je demande vivement aux citoyens de se soulever et de renverser ce gouvernement démocratiquement” a lancé l’ancien général un peu plus d’un mois après avoir recouvré sa liberté. Fonseka n’a pas manqué d’égratigner l’actuel président Rajapaksa : il l’a qualifié de “dictateur”, relève le Colombo Telegraph, et a appelé “la communauté internationale à ne plus reconnaître l’actuel gouvernement”. Il a également critiqué le Premier ministre britannique David Cameron pour avoir invité Rajapaksa au jubilé de la Reine, en juin dernier. Pour le site d’opinion LankaWeb, il est complètement absurde d’appeler à un “printemps arabe”: “un soulèvement est la dernière chose dont a besoin aujourd’hui le Sri Lanka”.
Héros de guerre après la victoire sur les Tigres tamouls en 2009, Sarath Fonseka s’est lancé en 2010 dans la lutte pour le pouvoir présidentiel contre Mahinda Rajapaksa ; défait, il soupçonne alors des fraudes électorales. Il se retrouve ensuite accusé de corruption par un tribunal militaire. Ses grade, médailles et retraite lui sont retirées. Condamné, il est confiné en prison pendant deux années. Fonseka est alors considéré comme un prisonnier politique, au Sri Lanka comme ailleurs, notamment par Hillary Clinton.
Alors, comment expliquer sa remise en liberté le 20 mai dernier ? S’agit-il vraiment d’une grâce présidentielle ? Elle intervient à un moment où le président Rajapaksa est loin d’être populaire, précise Arjun Ranawana, journaliste du New Strait Times. Selon lui, il “s’agirait d’une tactique machiavélique du président actuel pour diviser un peu plus l’opposition et regagner ainsi de la popularité”. Le gouvernement nie en tout cas toute pression américaine dans cette libération.
Du côté de la presse pro-gouvernementale, le général n’est pas politiquement crédible. Le journal en langue cinghalaise Divaina, traduit en anglais par le site Zeenews, épingle Fonseka : “Certains pays l’ont soutenu lors de sa détention, non pas pour sa personnalité mais pour sa haine du président Rajapaksa. L’ancien général, qui s’est beaucoup sacrifié lors de la guerre, doit comprendre que la politique est un sale jeu”. D’autres, comme The Island, rappellent qu’après une condamnation, Fonseka n’est pas censé se représenter à une élection. L’intéressé s’est lui-même comparé à des prisonniers politiques célèbres : “Prenez des gens comme le Mahatma Gandhi en Inde : il a eu un impact formidable sur la politique de ce pays”. “Une comparaison étrange pour un ancien chef de guerre dont les remarques ont souvent heurté les minorités du pays” pointe le New Strait Times.
L’ancien commandant militaire traîne derrière lui une réputation douteuse, celle d’un homme “féroce et autocratique”, poursuit ce quotidien. Pendant la guerre civile, qui a ravagé le pays pendant près de 30 ans, le général Fonseca a mené des opérations sanglantes pour mettre fin à la résistance tamoule : 9000 à 40 000 personnes seraient ainsi mortes en 2009 dans le nord de l’île. Fonseca continue pourtant de nier les allégations de crimes de guerre.
Trois années après la fin de la terrible guerre civile, la situation du pays n’est pas brillante. Des scandales de corruption ternissent le mandat de Rajapaksa. La minorité tamoule continue de subir des discriminations, la malnutrition gagne du terrain, les prix flambent. Quant à la liberté de la presse, elle ne se porte pas mieux. The Sunday Leader, journal d’opposition, rappelle les pratiques de Rajapaksa en la matière : notamment la fermeture forcée des sites Sri Lanka Mirror et Lanka X News. Il insiste aussi sur la priorité qui est donnée aux Cinghalais à tous les niveaux.
The Sunday Leader rappelle les propos du général, qui déclarait il y a quelques années : “Je crois fortement que ce pays appartient aux Cinghalais”. Des propos que le journaliste Lasantha Wickrematunge, assassiné le 8 janvier 2009, avait vivement critiqué dans un éditorial du Sunday Leader. Fonseka ne compte-t-il donc que sur les Cinghalais pour son printemps sri lankais ? Quid des Tamouls ?
